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 Errances Oniriques

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Saint Vincent de Räzell
MessageSujet: Errances Oniriques   Dim 2 Déc 2012 - 3:02

Début ici. cf. premier message.


Errances Oniriques






La nuit était tombée sur Paris, comme un opaque voile glacial. Saint-Vincent était affalé dans un canapé miteux, dans un appartement qu'il ne reconnaissait pas. Les sens du camé étaient endormis. Il se leva. Tout changea de place soudainement. Saint-Vincent ignorait s'il rêvait ou si la drogue lui jouait des tours. Hallucinations, ou errances oniriques ? Sur une table basse, près du canapé, traînait des seringues, et des cachets, qu'il avait utilisé en masse, chassant le sommeil, accroissant la fatigue du corps et de l'esprit.

Combien cela faisait-il de temps que Saint-Vincent errait, sans but, en ayant complètement perdu la notion du réel et de l'imaginaire ? La question traversa son esprit sans trouver de réponse claire. Une heure ? Neuf jours ? Quatre semaines ? Cinq mois ? Mille ans ? Tout s'embrouillait. Le lendemain, il devait vendre le reste de sa fournée de Psycho à des types qu'il n'avait jamais vu. La paranoïa possédait le drogué. Le pressentiment obscur que tout ça n'irait pas. Mais la drogue lui faisait oublier ses inquiétudes aussi soudainement qu'elles apparaissaient dans son esprit torturé.

D'un pas désinvolte, il s'approcha de la fenêtre, dont la poignée était brisée. Il regarda Paris, noire, du haut du treizième étage d'un immeuble ruiné. Les buildings sans lumières s'élevaient dans les cieux obscurs. Vestige d'une civilisation qui s'est élevée le plus près possible des nuages - arrogante civilisation - pour finir par s'auto-détruire et forcer les générations suivantes à se terrer dans le métro comme la vermine. Aucun phare dans la nuit pour restaurer l'espoir. Un vent hivernale força le drogué à remonter sa capuche sur sa tête, enfouissant ses mains dans les poches de son sweat. Combien cela faisait-il de temps que Saint-Vincent contemplait, sans raison, la nuit reposante et froide qui englobait de ses bras gelés les ruines de cette ville livrée à son destin ? Il n'aurait su répondre, de nouveau, à cette question.

Soudain, quelqu'un actionna la porte, dans le dos du toxicomane contemplatif, le tirant de sa rêverie. Saint-Vincent se retourna et vit entrer une femme, aux cheveux si blonds que la lumière irradiait. La pièce s'illumina brusquement, comme si un Soleil venait d'entrer dans cet appartement, rongé par la noirceur d'âme des Hommes qui l'ont construit et qui y ont vécu. Les contours du visage de la femme était flous, difficile à deviner. Saint-Vincent plissa les yeux, aveuglé par la Lumière. De sa main, il tenta de protéger son regard de l’éclatante luminosité, sans succès.

D’un pas gracieux et lent, la femme traversa la pièce, semblant ne pas toucher terre. Sant-Vincent essayait en vain de voir son visage, suivant, à la fois aveuglé et hypnotisé, le mouvement aérien et surnaturel de la femme. La lumière vive constituait un étrange halo autour d’elle, qui empêchait quiconque de voir son visage, et qui rendait ses formes indistinctes. Elle vint se placer à ses côtés, sans lui jeter un seul regard – bien qu’il n’eût, de toute façon, pas put le soutenir sans perdre la vue à tout jamais – comme si lui et elle n’était pas placé sur le même plan de réalité, et qu’il était invisible à ses yeux. La femme jeta son regard dans la même direction que Saint-Vincent une minute auparavant. Sans oser prononcer un mot, le toxicomane se retourna vers sa contemplation des buildings désossés, disloqués, ne tenant encore que par un miracle que l’on n’aurait pu expliquer rationnellement. Ils regardèrent cette scène démoralisante côte-à-côte un long moment, dans un silence religieux.

Mais le silence fut brisé par une explosion dans un building, qui fit s’effondrer la tour sur elle-même dans un fracas terrifiant. Puis une autre explosion. Et encore une autre. Les tours s’écroulaient les unes après les autres dans un spectacle de feu tonitruant. Les deux êtres à la fenêtre assistaient à la chute des tours, et le vacarme des déflagrations et des écroulements apaisait l’esprit malade du psychotique comme le premier mouvement d’un concerto endiablé apaise l’âme d’un mélomane.

D’une voix rauque et gutturale, l’Ange parla alors, dans des termes sibyllins :

« L’acmé de l’Humanité est révolue, et ainsi l’épilogue dévastatrice se fait proche, aussi inéluctable que le Soleil se levant sur la Terre. Les vestiges d’une civilisation, gâtée comme un fruit rongé par les vers, s’effondrent. Dans cette chute vertigineuse, se débattre est inutile, car nul ne pourra la scléroser. Car bientôt les trompettes résonneront des cloaques obscurs des tréfonds de la Terre jusqu’au fin fond de l’univers éthéré. Pourtant, ainsi que les fourmis desquels l’on approche une allumette, chacun tente de réagir à son irrésistible disparition, et s’agite désespérément en espérant une issue improbable. Mais toi, Vincent, qui marche sans être inquiété par la lourde épée qui se tient au dessus de ton crâne, tu es investi d’une mission vengeresse. Tu harasses les faibles et persécutes les puissants, juchés sur leurs trônes inébranlables. Tu donnes les armes aux bons et aux mauvais sans distinction, sachant que les uns comme les autres sont voués à la disparition. Tu apportes l’autodestruction à tes semblables, qui s’empressent de la consommer dans une déchéance longue et douloureuse. Des Anges, tu es l’instrument de mort envoyé sur Paris pour y achever sans sentiment l’Humanité déjà agonisante.

Mais prends garde, Vincent, instrument de souffrance, car les Anges déroulent le fil de ta vie, et leurs ciseaux sont près de leurs mains divines, guettant le moindre faux-pas dans l’une ou l’autre de tes actions pour mettre fin à ton œuvre. L’épée au-dessus de ton crâne pourrait lâcher bien vite et te trancher en deux, révélant tes entrailles aux insectes et aux cancrelats qui peuplent Paris, la ville-lumière plongée dans le noir.

Maintenant, va, vole vers ton Destin. »


Et en proférant ces mots, l’Ange poussa violemment Saint-Vincent qui passa par la fenêtre du treizième étage. Une seconde plus tard, il s’écrasa sur le sol, sans avoir eu le temps de voir défiler sa vie. De son œil, il vit une flaque de sang, plus noir que l’encre la plus noire, s’étendre lentement sur le bitume fissuré, comblant chaque faille, chaque cratère, pour étancher la Terre assoifée.

Il ouvrit les yeux.

Suite ici. cf. deuxième message.

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