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 Le goût du trou.

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Sebastien Japrisot
MessageSujet: Le goût du trou.    Ven 7 Sep 2012 - 0:09

Le début est sûrement beaucoup plus loin, mais je le raconterai plus tard.

Ils sont venus me chercher tôt un matin, j'étais dans mon lit, ce lit que je ne quittais que très peu depuis un mois. Je ne passais que deux heures debout, le temps de faire quelques exercices de musculation, une promenade dans le couloir - jamais bien loin - faute d'autorisation - lentement récupérer. Éva était à mes cotés, elle s'occupait bien de moi, nous discutions, elle avait bon espoir de voir mon amnésie guérir. J'étais sans doute pour elle un sujet d'étude assez intéressant, et moi, j'essayais de me faire oublier le plus longtemps possible, en attendant de comprendre et de trouver un moyen de sortir, sa gentillesse m'allait bien, fut-elle intéressée par la possibilité d'en écrire une thèse.
Mais ils sont venus me chercher. C'était l'heure de ma toilette, assis sur mon lit devant un miroir portatif, j'avais de la mousse à rasée plein le visage. La moitié gauche était rasée, proprement, j'allais m'attaquer à la moitié droite. Me raser était difficile, mais j'avais suffisamment récupérer pour le faire seul, tant que je ne me pressais pas trop.
Ils sont entrés brusquement, ouvrant sans délicatesse la porte de la chambre, j'ai sursauté. bondit sur le lit, le rasoir à glissé dans les draps.
Quatre soldats venaient de faire irruption, ou trois soldats et un officier armé de papier. Je suis amnésique, mais je sais encore reconnaitre un soldat. Mon cerveau m'a laissé mon instinct survie.
Éva à tenté de s'interposer mais l'officiel l'a vite écarté

- Nous avons des ordres madames, tenez vous à l'écart et ne posez plus de question: Secret Défense!
Sanglez le!
ordonna-t-il à ses hommes qui déjà me maintenaient fermement sur le lit.

Je n'essayais pas de résister. C'était peine perdu. J'étais encore faible, presque nu, désarmé, à part du rasoir - que j'ai eu le bon gout de gardé caché serré près de moi - inutile de lutter...
il me sanglèrent sur mon lit, me bâillonnèrent et me passèrent un sac en toile sur la tête, sûrement pour éviter que je ne vois où ils m'emmenaient.
J'ai sentis mon lis rouler pendant de longues minutes. Emprunter des couloirs, des ascenseurs, tourner, descendre, bousculer... Les soldats étaient pressés, ils n'avaient eux non plus peut-être pas encore petit déjeuné. Le bâillon dans ma bouche m'étouffait et me donnait envie de gerber.

Puis ça s'est arrêté. Je respirais difficilement et l'odeur avait changé, n'avait plus rien de l'air aseptisé de ma chambre d’hôpital. ça sentais les égouts, la merde, la mort.
On m'ôta le sac et le bâillon. Devant moi se tenait l'officier de tout à l'air, toujours avec ses papiers, les yeux plongé dedans. Il adressa un signe nonchalants à ses soldat qui délièrent les sanglent qui me retenaient. Deux soldats baraqués me mirent debout et me poussèrent au bord d'un très large trou.
L'officier lu:

- Patient 103-SP, aussi connu sous le nom de "Sébastien Japrisot". Vous avez été condamné par un tribunal de la FNF à une peine perpétuelle au sein de notre prison de haute sécurité...
Blablabla... Roh et puis pourquoi je m'emmerde, faisons ça vite...
La France est Grande, Vive la France! Point final

- De quoi suis-je accusé?
essais-je de demander.
L'officier me regarda un moment en ricanant, l'air un peu gêné.

- On vous doit bien au moins une explication... Vous n'avez rien fait. Il souriait, l'air amusé.
Vous n'avez rien fait, malheureusement, par une inexplicable mésentente, vous êtes depuis plusieurs mois patient dans notre centre de soin le plus évolué de Paris... Des médecins ont œuvré à vous soigner, à vous reconstruire, vous avez couter très très cher à la France, et voila que vous vous réveillez. Vous êtes amnésique, et nul trace de vous nul-part... Personne n'est capable de donner une raison à votre présence des mois durant dans un hôpital de haute sécurité de la FNF!!
L'affaire devenait gênante, un peu ridicule...
Voyez-vous, la France est un grand empire. Un empire administratif performant. Mais toutes les administrations commettent parfois des erreurs, et vous êtes le résultat de l'une d'elle... Un dossier perdu, un rescapé de trop, qu'en sais-je...
Le fais est que nous ne pouvons pas vous laisser sortir, vous êtes peut-être un terroriste, un de ces tarés qui rodent dans les rues et gâchent notre pays. Et puis, vous avez couter tellement cher, que nous n'allons pas vous laisser partir comme ça, raconter à tout le monde que la FNF vous a soigné gratos et a perdu votre dossier! Quel image le peuple aurait de nous ?!! hein ?!
Nous ne pouvons pas non plus vous laissez à l’hôpital indéfiniment - vous nous couter chaque jour de l'argent, et l'histoire pourrait finir par se savoir - pas plus que ne pouvons vous intégrer à un corps armé de la FNF...
La seule solution donc, est de vous faire disparaitre, vous, et cette histoire ridicule avec.
Après des mois de coma, vous revenez à la vie et alors que mile et une choses peuvent vous tuer dans notre monde, voila votre vie gâchée par une erreur administrative... Je trouve ça tellement ironique que ça en devient drôle...

Bon courage pour la suite, Sébastien... Si c'est seulement votre vrai nom.


Et d'un coup de pied sec dans le bas du dos, un soldat m'envoya droit dans le trou.
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Sebastien Japrisot
MessageSujet: Re: Le goût du trou.    Sam 8 Sep 2012 - 2:00

D'une telle hauteur - quelques dizaines de mètres, facilement - la surface de l'eau devient dure. Je m'y écrase brutalement, m'y enfonce profondément. C'est toujours mieux que de heurter le sol me direz-vous... Mais j'en tirerai assurément quelques contusions. L'eau m’assomme un peu et je coule sur plusieurs mètres, sans pour autant toucher le fond. L'eau me pique les yeux, me rentre dans le nez, mes oreilles se bouchent et je n'entends qu'un Bip très fort, et, très loin derrière, très bas et étouffé par l'eau, venant de la surface, des cris d'hommes, dignes de supporters d'un match de ligue 1.

Je prends mon courage à deux mains, et nage tant bien que mal vers la surface. Chaque mouvement dans l'eau me fait souffrir, mais il n'y a pas d'alternative. Remonter à la surface, même sans savoir ce qui m'y attend, ou se noyer. Ma tête brise la surface de l'eau et l'air, enfin, pénètre mes poumons. Essoufflé, je recrache les quantités d'eau contenu dans mon nez à arrive à mieux respirer. J'arrive à flotter, je sais encore nager, l'amnésie ne m'a pas pris ça.
Le filtre d'eau qui troublait ma vison se dissipe peu à peu et j’aperçois un peu plus clairement mon environnement. La fosse est bel et bien une fosse... Un très large trou, d'environs une dizaine de mètre de diamètre, pour facilement une quarantaine de haut. La parois , en béton lisse, est trouée d'une multitude de "cellule", fermées de barreaux et de portes. Pas de sol, uniquement le grand bassin d'eau dans lequel je baigne. Il faut pour se déplacer, j'imagine, escalader, passer de cellule en cellule en se servant des barreaux, ou se résigner à nager.
L'endroit est mal éclairé. Aucune lumière du soleil n'arrive ici, et même la lumière artificielle, produite par d'énormes spots au dessus du trou a du mal à descendre jusqu'ici.

Je suis seul au milieu du bassin d'eau, quelques mecs me regardent de haut... Je ne peux rester indéfiniment dans l'eau, il va me falloir nager jusqu'à l'un des cellules et m'y hisser, reprendre mes esprits. laquelle? dans quelle direction nager? De partout, des types louches me regardent, la bave au lèvre, comme si les soldats avait balancé un bon gros steak.
Je repère une case qui parait inoccupée et accessible bien qu'un peu en hauteur. Je l'atteins au prix d'un nouvel effort, et tombe à genoux une fois dedans.
Je reprends mon souffle et essaye de m'imaginer vu de l'extérieur. Mouillé, en caleçon dans une robe d’hôpital verdâtre trop large, je ne dois pas avoir l'air bien menaçant. Nul doute qu'un comité d'accueil va arriver dans quelques minutes.
La cellule est vide, je suis assis, adossé au mur près des barreaux, tapis dans l'ombre. Je me fais le plus petit possible. Inéclairé, le fond est dans le noir complet. Une odeur pestilentielle règne.
Quelques minutes passent, et mes hôtes arrivent, je me recule un peu plus dans le noir. Un type large comme deux hommes normaux entre, suivi de ses sbires.
Il me regarde quelques secondes et dit:

- Ne discutons pas ici, allons dans une autre salle. Ici, c'est les chiottes... Tu veux pas crever dans la merde, hein gamin?
Il se penche un peu vers moi pour dire ça, prenant sans mal un air menaçant. Sa façon de m'appeler "gamin" m’horripile, mais je n'ai pas d'autre choix.

Nous arrivons après un peu d'escalade dans une pièce plus large et un peu mieux éclairée par deux lampes. Une bonne dizaine de types y sont déjà, formant un semblant de cercle. Lynx, d'un bras, m'écrase à genoux au milieu de ce cercle puis prend place sur l'unique chaise à peu près en état de la pièce.

- Bienvenu dans la Fosse Gamin. Je suis Lynx, le maitre du lieu! Parce que je suis le plus fort.
Je ne tarde pas à comprendre que le type n'a pas inventé l'eau tiède, ni même le loquet des chiottes. il doit donc oui, être très fort.
- Toi, qui es-tu ?
Beaucoup trop de gens me pose cette question ces dernier temps, et je ne sais toujours pas quoi répondre. Tant bien que mal, faisant un effort pour parler haut et clair, comme si je n'avais pas peur, je réponds.
- Japrisot. C'est comme ça que je m'appelle.
- Et pourquoi la FNF t'a balancé ici? T'as fais quoi de mal là haut?

Encore une fois, je ne sais pas quoi répondre. "Erreur administrative" n'étant sans doute pas une réponse impressionnante pour ces taulards endurcis.
- J'ai niqué la mère la copine et la sœur d'un officier supérieur. Et il l'a mal pris apparemment.
Lynx ricane un peu, imité de suite par quelques types qui s'arrêtent dés qu'il reprend la parole.
- T'es un petit malin toi gamin. T'aimes bien baiser hein? Je vais te présenter Mazout. Tu vas vite comprendre pourquoi on l'appelle Mazout!

Lynx fait un signe et un homme - avec un putain d'air vicelard - se détache du groupe. C'est Mazout, un grand type, peau noire - ou blanche très sale, je n'arrive pas à bien définir - dans les 1m85, vêtu uniquement d'un pantalon en cuir de Chippendale trop court et moulant. Il s'approche de moi, je me méfie. Est-ce que je sais me battre? Aucune idée... Espérons que cela me revienne instinctivement.
Mazout m'envoie son poing droit au visage, puis deux autres coups au ventre qui m'envoient à terre. L'amnésie m'a pris mon Kung-fû.
Alors, d'un geste, il arrache son froc de strip-teaseur et entame un mouvement technique assez remarquable: l'hélicoptère. Pour les novices: il fait tourner son chibre le plus vite possible, et sans autre aide que les mouvements de ses hanches. Ce qui ne manque pas bien sûr de déclencher l'hilarité de la foule. Puis, il crache dans sa main droite et lustre sa virilité pour lui donner de l'essor. Je n'ai pas de mal à imaginer la suite.
J'essaye de me relever, mais Mazout me renvoie à terre d'un coup de pied. Puis il me retourne et ma robe d’hôpital subit le même sort que son pantalon. Contre ma cuisse, bloqué par mon caleçon, je sens toujours le froid du rasoir que j'ai réussis à cacher. Je le dégaine agilement et d'un mouvement circulaire décidé, je repousse Mazout loin de moi. La lame effilée du rasoir passe à quelques centimètres de son ventre mais ne rate pas son membre puissant, plus proche de moi de par ses dimensions.
Un flot sanglant jaillis, et tous les spectateur lâchent un "Ooh" de douleur partagée, alors que Mazout, se serrant fort l'entrejambe, tombe à genoux en couinant comme un cochon qu'on égorge.
Je me relève, fébrile mais vivant, le rasoir fermement ancré dans ma main. Coup d’œil à droite, coup d’œil à gauche, mais personne ne réagit. Pas même Lynx qui me regarde d'un air intéressé, peut-être même un peu impressionné.

- Alors, qu'est-ce que tu vas faire gamin... Continue, donne nous un beau spectacle. Pour le moment, je reste sur ma faim... Une bite coupée, pas mal, mais Mazout avait prévu bien pire pour toi, et bien plus drôle pour nous. Je veux du sensationnel! Si tu préfères, j'envoie un autre de mes gars s'occuper de toi.

Inutile de me le dire deux fois. Je prends ma vengeance, crochet du droit dans la mâchoire et coup de pied dans les baloches. Mazout est à terre, tordu de douleur. Un coup de lame aura suffit à calmer ce grand gaillard. Je lui tire la tête en arrière par les cheveux, pour bien dégager son coup. La jugulaire bien en évidence, battant sous la peau, je peux en finir en un coup de rasoir. Mais ça serait trop "simple". Le gus se vide déjà de son sang par un bout coupé, l'égorgement n'ajouterait pas grand chose au spectacle. En revanche, la vue d'un homme se faisant scalper encore vivant produit son son effet. Je découpe si soigneusement le cuir chevelu de Mazout qu'un chauve pourrait le porter en perruque. Pour en finir, je lui écrase violemment et plusieurs fois le visage sur le sol, jusqu'à ce que son corps cesse de convulser.
Couvert de sang et essoufflé, j'ai une drôle de sensation de déjà vu. Pas un souvenir, mais la simple impression de parfaitement savoir ce que je fais, de l'avoir déjà fait souvent.
Après un acte d'une rare barbarie, je me sens certes un peu dégouté, mais surtout empli d'une certaine satisfaction, une sorte fierté professionnelle après un travail consciencieusement accompli.

Lynx met fin à mes rêveries:
- De toutes façons, ce type m'inspirait pas confiance... Il avait pas l'air sain... Beau boulot pour un gamin.
Tu peux récupérer le pantalon de mazout et garder ton jouet coupant, j'ai des trucs bien mieux.

Il se lève, enjambe le corps ensanglanté, et me pousse vers le bord de la pièce.
- Je te ferai chercher si j'ai besoin de toi. En attendant, va prendre une douche!
Et encore une fois, on me pousse dans le grand bassin d'eau.

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Sebastien Japrisot
MessageSujet: Re: Le goût du trou.    Dim 9 Sep 2012 - 23:24

Jour après jour, je découvrais la vie dans la Fosse. J'étais passé d'une chambre d’hôpital stérilisé quotidiennement à ce trou dans lequel on pisse dans l'eau qu'on boit.
Les contacts avec les autres prisonniers sont réduit à leur minimum. Même si j'ai pas mal impressionné à mon arrivé, je suis encore un nouveau, et je dois être perpétuellement sur mes gardes. Tous les problèmes se règlent par la violence, et quand il n'y a aucun problème à régler, la violence s'amuse à les créer.
J'ai du me battre au moins une fois par jour depuis mon arrivé. On se bat pour tout: Une place où dormir, un endroit où pisser, un peu de nourriture, et même pour l'eau, qui pourtant ne manque pas... Mais se battre pour l'eau est une habitude. Les bagarres ne se soldent pas toujours par des morts aussi brutales que ma cérémonie de bienvenue. Le bassin d'eau est bien souvent salvateur. Le truc, c'est de s'arranger pour ne jamais se battre trop loin du bord. Si les choses tournent mal, on se jette dans le bassin, on bat en retraite. Il n'y a pas de honte à battre en retraite ici. Quand on vit d'un un trou pareil, condamné à dans la merde de quelqu'un d'autre, peu de choses peuvent atteindre votre honneur ou votre amour propre... En revanche, rester dans les mains de certaines de ces brutes est pire que la mort ou le déshonneur. Sans nul doute de grand maitres de la torture...

Ainsi donc, je réussis à survivre pour le moment. Je compte les jours. Une semaine déjà... Enfin, je crois.
Je mange peu, mais je me débrouille pour grappiller un peu à droite à gauche. Je suis comme tout le monde réduit à boire l'eau du bassin. Je dors peu. Il est difficile de dormir plus d'une heure sans être dérangé, ou réveillé par la simple peur de ce qu'il pourrait arriver pendant qu'on a les yeux fermés... Il n'y a ni jour ni nuit, simplement, toujours la même pénombre. Je commence à avoir du mal à garder le compte des journées qui passent. Je sais que je vais vais finir par perdre mes dernier repères.
Je passe tout mon temps libre - c'est à dire le temps où je n'ai pas à me défendre, à fuir ou à chercher de la nourriture - à explorer ou observer le fonctionnement social de la fosse.

Il y a plus d'une centaine de détenus. Impossible d'avoir un nombre précis, ce n'est qu'une estimation. Lynx est le chef, par la force, comme il me l'a si bien dit... Il s'est constitué une bande d'une dizaines des pires salauds enfermés ici, et avec leur aide, tient la prison d'une main de fer.
A l'arrivé de la nourriture, jetée par la FNF du haut du trou, et qui donc, inexorablement, tombe dans l'eau, ils sont les premiers à se servir. Ils se gardent les meilleurs morceaux, ne laissant aux autres que les restes ou les oublis. Il faut être rapide, discret, ou bien se résigner à manger de tripes de brahmine baignées dans de l'eau irradiée. Ils réussissent même, par l'interaction de différents intermédiaires, à se procurer cigarettes, alcool et parait-t-il, magazines porno.
Ils avaient également un bel arsenal d'armes. Essentiellement des armes blanches - Couteaux, haches, masses en tout genre - mais aussi quelques armes à feu, précieusement et jalousement gardées, rarement utilisées et pour cause, se les procurer étaient le plus difficile, et plus que l'arme, les cartouches sèches, avec toutes cette humidités, étaient très rares.
S'ils se réservaient les meilleurs armes, ils n'essayaient pas de toutes les confisquer. Il m'avait par exemple laissé mon rasoir. Laisser quelques armes de mauvaises qualités en circulation permet de maintenir un climat de peur de violence qui est au final, propice à leur petites affaires. De toutes façons, rares sont ceux qui osent s'en prendre à lynx et sa bande.

Explorer la Fosse est plus dur. La progression est lente, dangereuse, hasardeuse, rythmée de mauvaises rencontres et de chutes dans le bassin. Le manque de lumière rend les choses encore plus difficile. On sait jamais si on marche juste sur de la merde, sur un cadavre, ou sur un vivant. J'ai pu visité la plupart des cellules basses, les plus proches du bassin et les plus insalubre, les plus facilement accessibles aussi. Plus on monte en hauteur, plus on monte dans la hiérarchie. Les cellules réservées - réquisitionnées plutôt - par Lynx et ses sbires sont les plus hautes. De là, ils peuvent surveiller toute la fosse, et mettent leur corps et leur butin hors de porté des autres détenus.
Les cellules que j'ai pu "visiter" suivent toutes le même modèle. Quelques mètres carré, une entrée, des barreaux - quelques un souvent manquant ou en sale état - et rien d'autre, toutes les paillasses et autres rare objets de confort ont déjà disparu. C'est ici que la plupart des détenus passent leur journée, à attendre un peu de nourriture, à se cacher, à ne rien faire... Les conflits sont fréquents dans les cellules basses, mais grimper est périlleux, et le taux de chute est tellement élevé qu'il décourage la plupart de remonter.
Avec de l'organisation et de la coopération, la vie aurait pu être plus tolérable. Mais quand on enferme les pires cinglés des Terres désolées, l'idée de cette option n'existe même pas.

Je m'accrochais tant bien que mal, et de jour en jour, j'arrivais à atteindre de plus hautes cellules. Je découvrais qu'elles n'entaient en fait pas beaucoup moins dangereuses. Moins peuplées certes, mais les types qu'on y croise sont bien pire que ceux dans bas. C'est à force de violence qu'ils atteignent et reste dans ces cellules hautes. Toutes mes premières tentatives se soldèrent par un saut in extrémis dans l'eau. J'allais devoir faire comme eux si je voulais survivre et atteindre le haut du trou...



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Sebastien Japrisot
MessageSujet: Re: Le goût du trou.    Dim 30 Sep 2012 - 1:55

La vie trouvait son rythme. Malgré l'omniprésence de la violence et l'indigence de la vie ici, il été possible de se faire ses habitudes et de trouver ses marques, une fois les mécanismes de la fosses bien assimilés. Ainsi, comme dans le plus normal des monde, je me levais le matin très tôt. Je ne sais pas si c'est vraiment le matin, mais dans tous les cas, ne jamais s'attarder à une grasse matinée. Trouver de la nourriture prend plus ou moins longtemps en fonction de ce que vous êtes prêt à manger. Quelques heures dans tous les cas pour faire le tour et récupérer assez de restes pour combler un minimum son estomac.
C'est vers midi que les "combats" commencent. Les plus forts attendent que la nourriture soit ramassée pour aller piquer les meilleures morceaux. Ils faut alors se battre, ou jeuner. Je me prenais vite au jeu, et je me découvrais un sens naturel du combat et du racket, et si je n'y prenais aucun plaisir, je n'y ressentais pas non plus de dégout. Ainsi va la vie.
L'entrainement et la musculation occupais le reste de ma journée. Se muscler est assez simple, en plus d'être une nécessité. L'entrainement était une autre histoire. Trouver quelqu'un qui a l'air plus faible que soit, et le passer à tabac. Juste pour se faire les poings, et être craint le plus possible. Si frapper un homme plus faible pour de la nourriture n'est déjà pas facile, le frapper sans autre raison que se faire une réput de dur à cuir est bien pire. Si vous n’êtes pas prêt à sacrifier votre honneur pour votre survis, un conseil: Ne vous faites jamais jeter à la fosse...


Mon rasoir commençait à se faire vieux. La lame s'était vite émoussée à force de couper autre chose de la barbe. Il me fallait une nouvelle arme. Le choix est maigre, et c'est plus le talent d’artisan de chacun qui fait la qualité de l'arme. J'avais arraché un morceaux de barreaux, en fer, de section octogonal, d'une taille suffisante pour garder l'ennemi à distance tout en restant dissimulable, et assez lourde pour être dévastatrice tout en restant maniable. Pour le confort, la prise en main et la maniabilité, je lui arrangeais comme possible un pommeau à l'une des extrémité, suffisamment grand pour que l'arme soit prise à deux mains, composés de bandes de tissu et de cuir récupérées de ça de là et cousus comme possible.
Puis des jours durant, j’aiguisais la partie que l'on peut comparer à la "lame" de l'arme en la frottant contre le béton brut des murs. Le but n'étant pas de la rendre coupante, mais de d'améliorer son caractère contondant, tout en lui donnant une allure plus "aérodynamique" et menaçante.
Enfin, de la même manière que pour le pommeau, en récupérant sur les morts des lambeaux de tissu et de cuir, je me fabriquais un fourreau dans lequel ranger l'arme sans qu'elle n'handicape trop mes mouvements, et de manière à éviter les frottements désagréable du fer sur mon dos.
Le résultat était un genre d'épée artisanal d'une soixantaine de centimètres, à la lame grossière, mais à l'aspect brutal à défaut d'être tranchant.


Mieux armé, je n'hésitais plus à m’immiscer au sein des combats les plus violents. A grand coup de barre de fer - genoux éclatés, cranes fendus - je réussissais à m'installer dans une cellule moyennement haute. Ma qualité de vie changeait radicalement. Peu de prisonniers s'opposaient à moi sans raison, et j'étais crains dans les cellules basses. Je pouvais dormir plus tranquillement, je mangeais mieux.
Je ne tardais pas non plus à rencontrer quelques camarades prisonniers, et à lier avec eux une amitié ayant pour seul but la survis. Même ici, on survit mieux en groupe. Lynx et sa bande en était la preuve.
Nous étions quatre. Suffisamment nombreux et d'expériences variées pour multiplier nos chance de survis, mais assez discret pour ne pas attirer la colère de Lynx.

Richard, qui se faisait appeler Ricard en hommage à un vieille alcool, était une goule assez repoussante d'aspect. Il était dans la fosse depuis plusieurs années, et si le taux de radiation ici bas n'a rien arrangé, il était déjà goule bien avant d'être jeté dans le trou. Malgré tout, il n'était pas devenu aussi fou qu'il le faisait croire - encore une technique de survis - et était doté d'une grande intelligence.
Batignole lui, était un tas de muscles assez incroyable, mais doux comme un agneaux. Un simplet en revanche, et c'est ce qui lui a valu de finir ici. Des gens en surface avant exploité ses muscles et sa simplicité d'esprit pour des actions peu vertueuses, et lui avait fait porter le chapeau. Ricard l'avait sauvé à son arrivé ici, et les deux se protège l'un l'autre depuis. Sa présence dans notre groupe était un atout dissuasive de taille pour quiconque voulant s'en prendre à nous.
Je m'étais joins à ces deux la à l'occasion de l'arriver de la quatrième personne. Cléangle. Une femme.

Je n'ai pas parlé des femmes dans la fosses pour la simple raison qu'elle sont peu nombreuses. N'ont pas que la FNF hésite à balancer des femmes dans ce trou, mais leur expérience de vie y est encore plus faible que celle d'une homme. Aucun sexisme dans mes propos, mais lorsque que ne serait-ce un gramme de féminité - les femmes se faisant jeter ici étant rarement très sexy - tombe dans ce chaudron de testostérone, les instincts les plus vils de toute la fosse se réveille. Les quelques rares femmes que j'ai pu voir sont moins attirante que les hommes, et doivent à cela leur survis.

Mais ce jour ci, la FNF avait balancé un petit de bout de femme assez mignon. Un cri aigüe, strident, avait réveillé et attiré les instincts masculins. La pauvre fille, pensais-je alors, avait été tirée de l'eau et jetée dans la cellule "salle des fêtes". Rarement l'arrivé d'un nouveau prisonnier n'attirait autant de monde. J'assistais à cela du haut de ma cellule. Lynx et sa bande était en train de descendre, et je décidais moi aussi d'aller pour une fois faire une apparition à un bizutage.
En arrivant, j'assistais bien à la scène pitoyable que j'attendais. Une cohue. Les hommes se poussent dans tous les sens, se frappent, se piétinent dans le simple espoir de la voir. La femme, au milieu de tout cela, est tirée de tout cotés, par les bras, les jambes, les vêtements, les cheveux... Mais elle se défend bien, et personne n'a encore réussi à la toucher comme ils le voudrait.
C'est une lionne, elle crie, frappe un entrejambe dés qu'elle le peut, arrache des dents une oreille, crève un œil, en émascule de ses griffes, le tout sous le regard de Lynx, qui ne prend pas part. Il se contente de regarder, mais n'essaye pas de s'approprier la fille, ce qui m'étonne. Peut-être a-t-il peur de déclencher une émeute trop violente pour lui en se la réservant. Il parait aussi qu'il a déjà des filles pour lui et sa bande, dans ses quartiers...
Je croise son regard un instant. Elle est apeurée et folle de rage. Quelque chose au fond de moi me pousse à agir.
C'est en me battant pour l'aider que j'ai rencontré mes deux autres camarades... eux aussi avait gardé un semblait d'honneur malgré cette vie.

Nous avons décider de panser nos blessures ensemble, d'unir nos survis et peut-être, de trouver un moyen de sortir de cet enfer.

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Sebastien Japrisot
MessageSujet: Re: Le goût du trou.    Mer 26 Déc 2012 - 2:45

Combien de mois dans ce trou? Déjà trois, quatre peut-être.
Il faut savoir garder la tête sur les épaules, malgré les constantes tentatives de l'en décrocher. Rester sain d'esprit tant que possible, malgré la violence et la pénombre...
Nous survivons comme nous pouvons, tous les quatre. On se serre les coudes.
La fin approche.
On en parle depuis un moment, et on est tombé d'accord. Il faut qu'on en finisse, essayer ne coute rien, au pire la mort - qui vaut plus qu'une vie ici - et au mieux... Ah, au mieux!
On n'ose même pas ici bas, parler de liberté. C'est une notion que beaucoup préfèrent oublier, pour trouver à leur pauvre quotidien une normalité. Certains ont même oublié l'existence d'un monde extérieur, ils croient que le monde entier est contenu dans ce trou. Moi je sais bien que non, je garde ma raison, et bientôt, je sortirai d'ici.
Je sortirai d'ici. NOUS sortirons d'ici... peut-être.

Nous préparons notre évasion depuis notre rencontre tous les quatre. Ou presque, quelques jours après, le temps de savoir si pouvait un minimum se faire confiance.
Ricard est de la bande sans doute le plus ingénieux. Peut-être parce qu'il est plus vieux, peut-être aussi parce que les goules ont toujours dégagées une aura de sagesse, en plus de leur odeur...
Depuis des années qu'il était emprisonné ici, il avait eu le temps d'explorer les moindres recoins de la fosse. Habile et discret, il connaissait tous le monde et toutes les rumeurs sans que personne ne sache grand chose de lui. Il avait pensé à des tas de plans pour s'enfuir - du plus classique au plus farfelu - mais aucun n'avait jamais fonctionné. Faute de moyen, faute d'aide... aujourd'hui, c'était différent, ça allait marcher.
Cléangle passait ses journées à l'aider. Elle nous a expliqué un jour que son nom venait de ses compétence. Elle manie la clef anglaise comme personne, experte en mécanique. Enfin parait-il, ici on a pas de clef anglaise, et encore moins de moteur... Mais elle est futée, et elle sait se débrouiller, alors on la crois... Elle nous dit aussi qu'elle est une Amazone (un dangereux gang dehors il parait), que la FNF la pris et jetée ici parce qu’elle refusait de parler. là encore, pas de moyen de savoir si c'est vrai, sauf si... Bien sûr, elle sort très peu de la cellule où on se planque - c'est dangereux d'être une fille, même si elle fait la fière la longueur de temps - et elle reste en permanence avec deux d'entre nous, au au pire juste avec Batignole, il suffit.
Batignole... Il assure surtout notre sécurité, sans lui on serait surement mort. Il monte la garde en permanence, et joue des poings quand on a besoin de récupérer quelques chose.
Moi, au milieu de ces trois lurons, je me débrouille comme je peux. Je n'ai pas le talent mécanique de Ricard ou Clé, ni la force physique de Batignole, mais malgré tout, je me défends bien sur le ring, et je me découvre quelques talents. J'essaye de mettre à profil le charisme et la relative intelligence (la concurrence ici est faible) dont je semble doué, même si ici ce n'est pas la vertu la plus rentable.

Le plan de l'évasion était simple. Toutes les possibilités ont été étudiées. Creuser un tunnel dans les parois est impossible; Trop dures, trop épaisse, et trop profond.
Une rumeur dit qu'une sortie se trouverai sous l'eau. Il y aurait des tuyaux, des arrivées et sorties qui maintiendraient le niveau d'eau. C'est fort possible, mais la profondeur du bassin est telle qu'il faudrait tenir bien trop longtemps en apnée... Oui avoir des bouteilles d'oxygène, et ça ne cours pas les cellules. J'ai plongé plusieurs fois, j'ai essayé d'atteindre le fond, mais la vase, le manque de lumière et d'oxygène m'ont vite refroidit.
Le "dessus" reste la seule option envisageable. Partir par où on est arrivé. Mais grimper, simplement grimper, se solde par un échec systématique. Des prisonniers essayent tous les jours, tous retombent dans un grand "plaf" dans le bassin. Certains ne s'en relèvent pas. Nous serions plus malin qu'eux.

Nous avons tout prévu. L'exécution est pour bientôt. Pour Demain.




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Sebastien Japrisot
MessageSujet: Re: Le goût du trou.    Mer 26 Déc 2012 - 4:22

Aujourd'hui, Jour J. Jour du départ. Jour de libération. Ou jour peut-être de notre mort.

Nous avons répété tout le plan plusieurs fois. Chacun sait ce qu'il a à faire, tout est question de timming. Et de chance.
L'idée du plan est simple: s'enfuir, évidement. Tirer une corde que nous avons passé plusieurs mois à confectionner, à l'aide d'une "arbalète" créée de toutes pièces par Ricard et Cléangle.
Je me chargerai de cette partie, il faudra grimper le plus haut possible, puis tirer. D'après nos essais, ça devrait avoir la puissance nécessaire pour que le grappin au bout de la corde (lui aussi artisanal) aille s'accrocher sur le bord du trou. Normalement, il y a de quoi accrocher le grappin, mais il faudra que je sois délicat, et que je vise bien.
C'est déjà délicat, mais c'est pourtant la partie la plus simple du plan.
Il faut aussi créer une diversion, capter l'attention des détenus pendant que je m'occuperai de tirer le grappin: Une étape décisive mais dangereuse. La diversion serait bien sûr une bagarre, créer et gérer en grande partie par Batignole.
Puis, une fois la corde lancée, il faudra couvrir notre montée le plus longtemps possible, s'assurer qu'on nous nous mette pas de bâtons dans les roues. Pour cela, Richard à travaillé sur Des fumigènes, artisanaux et précaire, mais normalement efficaces. Composé d'un vaste recyclage de matière plastique et autres déchets, il s'en dégage une fumée noire et épaisse, accompagnée d'une odeur nauséabonde. Plusieurs seraient allumés à différents endroits pendant la baston de diversions, Ricard s'en chargerait.
Cléangle enfin, irait distraire les gardes de lynx susceptibles d'être restés dans les cellules supérieures, à partir desquelles je dois lancer la corde. Elle usera de ses charmes et se débarrassera d'eux quand ils seront en position de faiblesse. Nous verrons si c'est une vraie amazone.
...

...


Heure H, je suis prêt. Dans quelques minutes, le destin sera scellé. Si nous échouons, sûr que Lynx fera de nous des exemples, pour appuyer son autorité.
A l'heure du jeté de nourriture, le moment où nous somme le plus sûr de voir la majorités des prisonniers réunis près du bassin et prêts à se battre pour un crouton de pain, Batignole se jette au milieu et commence son raffut. Il a le poste le plus dangereux, je me demande comment il compte faire pour remonter et attraper la corde. Nous n'en n'avons pas trop parlé, je m'en veux un peu d'exploiter sa naïveté, mais je crois que lui même s'en fout. Il ne veut pas vraiment sortir, nous aider est surtout sa façons de racheter les fautes qu'il a commis dehors. Je crois qu'il s'en veut pour ce qu'il a fait, pauvre bougre.
Peut importe, je suis prêt. "l'arbalète" est déjà chargée du grappin et de la corde. Elle pèse son poids, mais c'est ce qu'il faut pour lui donner la puissance nécessaire. J'ai également gardé ma barre fer, elle pourra être utile, car nous n'avons aucune idée de ce qu'il nous attend si nous arrivons à sortir... Normalement, les gardes FNF autours de la fosse sont très peu nombreux. C'est le principe même de cette prison, peu de garde, peu s’entretient... et aucun évadé.
Ricard part peu après Batignole, et à peine plus tard, Cléangle grimpe à son tour vers les quartiers du gang de lynx, après avoir vérifié que la plupart d'entre eux (dont lynx lui même) étaient descendus assister à la bagarre. Le gang ne laisse jamais ses quartier complètement vide, toujours deux ou trois homme pour garder les lieux. Aujourd'hui, d'après ce qu'on voit, il doit en rester deux en haut. Clé s'en chargera sans soucis, j'espère.
Je lui laisse un peu de temps, je la guette du coin de l’œil, et dés que je la vois entrer dans les cellules de Lynx, je grimpe à mon tour. Je fais de mon mieux pour être discret malgré mon attirail sur le dos. Je me place à l'opposé de l'endroit où est entré Clé dos au mur, accroché tant bien que mal. Je dois tirer avec l'angle le plus plat possible, pour que le grappin aille plus loin en dehors de la fosse et s'accroche plus facilement.
Nous avons tous placé un tissu humide devant nos nez. Je vise attentivement et tire. Le recul de l'arbalète me coupe la respiration. Le grappin s'élance à toute vitesse, emmenant avec lui la corde libératrice. Je donne le signal à Ricard avant de me lancer le premier au bout de la corde, C'est le moment de voir si elle tient, si le grappin est bien accroché et si la résistance est suffisante. Clé réapparait au même moment, du sang sur les mains, l'air dégoutée, mais vivante. Je ne perds pas de temps et grimpe. Déjà derrière mois, de la fumée commence à s'élever et me recouvre, accompagnée de cris comme rarement on en a entendu. Je ne dois pas tousser, pas broncher, continuer à grimper le plus vite possible. Clé est quelques mètres plus bas.
La corde grince mais tient bon. Plus que quelques mètres, et, enfin, je peux jeter un coup d’œil hors de la fosse: L'extérieur proche ressemble à l'intérieur. C'est un grand hangar délabré plongé dans la pénombre. J'entends des pas, deux soldats s'approchent, intrigués surement par le brouhaha inhabituel qui sort de la fosse.

- Les détenus sont agités, c'est tout, c'est toujours comme ça quand on jette la bouffe... Des vrais animaux putains.
- Moi je suis quand même pas rassuré... Je rêvais mieux comme premier poste de garde...
- Décontracte le bleu... 5 ans que je garde ce trou, jamais rien arrivé. C'est comme être gardien de Zoo, je te le dis... Regarde.

Je l'entends s’approcher à pas lents. Il n'est plus très loin du bord.
- Tu vois... Des putains d'animaux, c'est tout! démontre-t-il fièrement.
De tout mon élan je surgis et lui attrape la cheville en me hissant dehors, et d'un coup brutal l'envoie dans le trou.
Son partenaire sursaute, fait volte-face et cours en criant de peur, sans doute pour sonner l'alarme. Je le rattrape sans mal, lui saute dessus et lui fait son affaire en quelques coups sur la tête.
Je tends la main et Aide Clé à sortir à son tour, elle y est arrivé, tandis que quelques coup de feux éclate en bas. Pas de trace en revanche de Ricard, ni de Batignole. La fumée commence à se dissiper, et la corde est encore molle. Je la remonte, inutile de la laisser à ces vaux rien, ils sont bien où ils sont. Tant pis, pour nos deux camarades, ce n'est pas l'heure de les pleurer, impossible de trainer par ici trop longtemps.
Je pique au garde débutant sa veste et son pantalon et ses chaussures, qui passeront plus inaperçus que mes "vêtements". Cléangle lui pique son tee-shirt, ainsi que son caleçon. Vivre dans la fosse, ça apprend le recyclage, et nous trouverons mieux plus tard. Bien sûr, je n'oublie pas de prendre son arme.
Puis je pousse le corps dans la fosse. Sans regret, deux évadés, deux nouveaux prisonniers...

J'attrape Clé par le bras, et d'un pas pressé nous nous éloignons. Nous ne somme pas encore sauvé, mais au moins, nous ne mourrons pas dans ce trou.


* * * * *


S'éloigner de la fosse a été assez facile, son accès n'étant que très peu surveillé, mais la ville elle même grouille de soldats de la FNF, et nos dégaines ne correspondent à la mode local. Si on nous contrôle, on est foutu, surtout avec ma tenue piquée à un garde.
C'est la première fois que je vois le ciel, et la lumière du soleil. Passé d'un coma amnésique en chambre d’hôpital aux profondeurs de la fosse, je n'avais pas eu l'occasion de revoir le ciel, de sentir le vent. La luminosité, même en cette fin d'après midi est aveuglante pour mes yeux. C'est un choc après plusieurs mois dans une pénombre permanente. Cléangle est toujours avec moi, nous devons sortir de Lutèce au plus vite.
Nous traversons quelques rues au hasard. Inutile de tenter de sortir maintenant et dans notre état. Les soldats patrouillent et les accès à la ville sont trop bien surveillé. On se ferait prendre à coup sûr. Mieux vaut trouver une planque, de quoi manger et des vêtements plus passe partout. Pour ça, nous n'avons pas le choix, il va falloir être impoli.
On repère une jeune dame dans les rues. Dans les 27ans, elle marche d'un pas pressé. Nous la suivons discrètement jusqu’à son appartement, situé au troisième étage d'un immeuble quelques peu éloigné du centre ville. Un quartier calme semble-t-il, tant mieux. Clé colle son oreille à la porte et écoute. Elle semble être seule à l'intérieur.
Toc Toc Toc, Clé se fait la plus souriante possible malgré son apparente indigence.
Quelques secondes passent, une voix annonce "j'arrive", la porte s'ouvre. La femme à tout juste le temps de s’étonner de voir une mendiante sur son palier que Clé lui saute à la gorge, lui planquant une main sur la bouche, Moi surgissant derrière en pointant mon flingue, lui intimant de se taire. Je verrouille la porte derrière moi.
Quelques minutes plus tard, la fille est attachée à une chaise de cuisine et bâillonnée comme il faut, les yeux bandés, elle sanglote.
Elle n'a pas vérifié qui sonnait avant d'ouvrir, c'est probablement qu'elle attend quelqu'un. Des amis, son mari... L'appartement n'est pas très grand, mais elle ne semble pas y vivre seule.

Clé fouille les placards de la cuisine. Ça va être notre premier vrai repas depuis longtemps. Elle avale tout ce qu'elle trouve.
Je fais un tour dans la chambre. Il y a des vêtements d'homme dans le placard, ce qui confirme mes soupçons. Nous devons faire vite, je préfère éviter une confrontation inutile. Je fourre dans un sac en toile quelques vêtements, en garde pour tout de suite et file dans la salle de bain. Dans l'armoire à pharmacie, je trouve quelques médicaments, du désinfectant, des bandes. Je prends tout, ça sera utile. Il y a aussi un miroir et je vois mon reflet pour la première fois. Ce n'est pas glorieux, j'ai la peau sale, des ecchymoses un peu partout, des traces de sangs coagulé, des cicatrices. Mes cheveux et ma barbe ne ressemblent à rien, collés en mèches épaisses par la saleté, coupés inégalement... Il y a l'eau courante, je décide de prendre une douche, j'esaye d'arranger mes cheveux, et puis, je m'habille.
Un pantalon en toile épaisse, un tee-shirt, un pull. Je ressemble à un parfait petit bourgeois. Je prends donc en plus une veste en cuir, pour le coté bad boy.
Clé fait une drôle de tête en me voyant revenir, mais finis par sourire par croquant dans son sandwich.

Quelqu'un sonne à la porte. Merde.
Je dégaine mon Colt et me colle contre le mur, a coté de la porte. Clé ouvre, j'attrape le gus et le tire à l’intérieur, lui assenant à la volée un coup puissant sur le haut de la tête avec la crosse de l'arme. Sa femme, toujours sur sa chaise, se remet à pleurer de plus belle en attendant la chute du corps de son mari sur le sol.

- Ferme la, vous n'êtes pas mort pour le moment. Puis m’adressant à Clé. Grouille toi, je préfère qu'on parte vite
La nuit était tombée, il serait surement plus facile de quitter la ville maintenant. L'absence des deux gardes de la fosse à déjà du être remarquée, mais les autorités ne s'imagineront pas tout de suite qu'il y a eu évasion. Les déserteurs de la FNF sont plus nombreux que les évadés de la fosses...
Clé prend ma place dans la salle de bain pendant que je bâillonne solidement l'homme à une autre chaise.
Le temps d'emballer le plus de provisions possible, et on est partit... Nos abandonnons nos hôtes en l'état, quelqu'un finira bien par les retrouver.


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