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 Le plus beau des siècles

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Thomas Dole
MessageSujet: Le plus beau des siècles   Mar 21 Oct 2014 - 22:17



J'ai déjà tué.

Pourquoi est-ce qu'un militaire de la FNF aurait dû être différent ?

Plus de 35 ans avaient passé depuis le jour où j'étais venu au monde, sur l'Enclave Atlantique de la République. 17 ans depuis mon intégration dans une école militaire. 11 depuis mon arrivée sur Paris. 5 depuis ma promotion au grade de commandant. Et une depuis le jour où je suis entré dans le Palais du Luxembourg, mes bottes laissant une marque dans les flaques de sang des collègues du grand Stanislas le Révolté.

Les choses étaient certainement plus simple avant ça. Pas mieux, mais plus simples. La vieille époque où je passais mon temps derrière un bureau, à siroter des cafés, à remplir des bulletins et des rapports, à engueuler des soldats qui partaient sur le terrain. A tenter d'oublier ce que j'avais fait à une femme qui m'aimait dans un accès de rage.

Ouais, c'était sûrement la belle époque. Celle où je m'occupait uniquement d'être un officier de la République. Un pion qui s'occupait de ses affaires, sans aucun problème.

Un an... Une putain d'année pour tomber dans la disgrâce la plus profonde, la déchéance la plus monstrueuse, être le témoin des pires atrocités imaginables.

Un an de morts, de meurtres, de conflits, de complots. Un an seul, surtout. Un an à se faire des ennemis, à se fatiguer, à se détruire...

C'est bizarre. C'est peut-être le psycho qui fait ça. Mais j'ai une impression de vide.

Des noms me reviennent en tête. Des noms de soldats que j'ai connu. De personnes que j'ai côtoyé. Des tâches dans notre histoire qui se sont effacées avec le temps.

Hannibal Cobs, Barras, Maël Aupra, Gaye Maverick, Jean Linitié, Versailles, Michel, Gaillard...

Francis Mervault. Hector Madof.

Et puis des gens, des rumeurs, des bouts de noms sur un dossier. Les redoutables truands Habdaik et Räzell. La maquerette Emily Baker. La négrière Jager. Le chasseur de primes Fontaine.

Des tas de gens qui avaient marqué Paris d'une trace vague de sang, de larmes, de charpie et de haine dans cette vielle ville pourrie.

Il faudrait que je me concentre. Que j'arrête de rêvasser. Mais, au final, je commence a me sentir faible. J'ouvre mes paupières endolories, tentant désespérément de retrouver ma vision. Il faut que je regarde le ciel. C'est bien ça dont le monde ne pourra jamais nous priver. Un ciel.

Il fait plutôt beau aujourd'hui. Un peu frais, mais en même temps, c'est un mois d'Avril. C'est les semences, Avril, non ? Difficile de se rappeler. Jamais été dans les champs. Moi j'ai toujours été avantagé. Grandir dans une quasi-caste, ça a des avantages...

Le soleil transperce un nuage, et le rayon me touche en pleine face, ce qui m'oblige a plisser douloureusement les yeux. Putain de soleil. Au moins, il réchauffe un peu mon foutu corps. Jusqu'alors, je grelottais un peu. A moins que ce soit la peur...

Je me touche la poitrine. Le ventre. La jambe.

« Putain de merde ! »

Les muscles de mon visage se contractent. Je tourne vite mon regard vers ma jambe. Une belle balle m'a traversé de part en part. Pourtant, plus d'effusion de sang. Elle a dû ressortir...

Faut pas rester là. Surtout pas. Pas avec une plaie ouverte. Il faut pas avoir la gangrène. J'ai pas envie de me retrouver amputé comme un con. J'ai pas envie d'être un putain d'infirme. On m'avait pas dit que je finirais infirme quand je me suis engagé. Pourquoi je me suis engagé ? Les soldats ils avaient pas le choix, c'était la mobilisation, mais moi j'étais un putain d'officier.

Comment j'ai survécu ? De grosses gouttes de sueur me tombent dans le cou et traversent mon visage gras et sale. Il faut que je me casse.

Ma main gauche se soulève pour toucher ce sur quoi j'étais couché.

Spoiler:
 

Une fontaine en plein milieu de l'Aisne. Comment j'ai atterris ici ? Faut dire j'avais beaucoup bu. On boit tous du pinard avant de partir à l'assaut. C'est nécessaire. J'en prend juste un peu plus que les autres...

Rapidement, je passe ma main derrière mon crâne. J'ai perdu mon casque, mais je n'ai pas de shrapnel. J'ai eu de la chance. C'est la seule chose qui compte de nos jours : La chance. Ne croyez surtout pas les connards qui vous disent autre chose : L'intelligence, l'agilité, l'endurance... Que des conneries. Dans un monde où les obus tombent, tout ce qui compte, c'est la chance. C'est ça qui m'a permis de survivre aussi longtemps. C'est ça qui m'a permis de survivre plus d'un an au milieu de cette merde apocalyptique qui pousse les gens à boire et a se détruire.

Je tourne ma tête a gauche. Une flaque. Des douilles. Du sang. Un cadavre.

Spoiler:
 

Il porte un stahlhelm. C'est donc un boche. Inutile de le pleurer.

Pourquoi ?

Parce qu'il ne porte pas un casque Adrian, pardi. Il a l'air terrifiant, l'enculé. Avec sa face ouverte, ses yeux inquisiteurs droit vers moi, son bras déchiqueté... Oui, il me fout les jetons. Il a dû souffrir. En plus, il a l'air assez jeune. J'aime pas ça, voir des jeunes crever. Le pauvre schleu. Il y a pas 4 ans il devait être en train de vaquer a ses occupations.

Il faut que je me lève. Je me déplace sur ma gauche, doucement, mon cul glissant sur le sol pourri. Je garde ma jambe droite un peu sur-élevée. Elle va faire un mal de chien, la salope, et il faut pas l'infecter...

Je retire ma capote qui était sur mes épaules, en gémissant doucement. Le même genre de gémissement rauque que je pousse quand je suis au Moulin Rouge. Quand j'étais au Moulin Rouge, dans les chambres arrière... Une longue histoire.
La capote, elle est boueuse. Mais les manches sont encore propre. Je l’enroule autour de la jambe, avant de sortir de ma poche un crayon, que je fout entre mes dents. Comme je disais, ça va faire un mal de chien...

« Hmmmmm... HMMM ! »


Je fais un énorme nœud autour de la jambe, au moins pour prier que ça s'infecte pas. Faut pas perdre la jambe.

J'élance mon bras pour récupérer le fusil du boche. Un mauser rouillé. J'ai pas mieux pour me servir de cane. L'allemand avait mis la baïonnette dessus. Encore une preuve qu'il n'était qu'un bleu : La baïonnette ne sert a rien. A peine 1% des pertes étaient dues aux armes blanches. Ce qui tuait vraiment, c'était l'artillerie et les grenades. Enfin bref. Je pose mes mains dessus, et d'un coup sec, je la retire. Je pose la crosse sur le sol, et, lentement, tremblant, comme un vieux chien galeux, je me met sur mon pied gauche.

Je regarde a droite, je regarde a gauche. Des trous d'obus fumant. Quelques corps. Des lignes de tranchées. Laquelle est boche ? Laquelle est française ?

Putain, ce serait con de se gourer, quand même. Les lignes françaises, c'est vers le sud-ouest. Sûrement droit devant alors, parce si je me suis assis dans cette position, c'est que les français devaient arriver vers moi.

Je regarde le petit boche mort. Pourquoi il était comme ça ? Il tentait de se replier ? Ou alors c'était moi qui me suis couché du mauvais endroit ?

C'était la merde hier. La grosse merde. On voit encore la carcasse du Schneider CA1. Les hurlements de l'équipage me reviennent à la mémoire... Ça me glace le sang, m'envoie un courant a travers l'épine dorsale, alors que je vois, derrière le blindé, une mélasse de sang et de tissus : Un allemand a été écrasé par lui.

Tout est calme. Comme si les gens étaient retournés dans la terre. Et que lui, comme d'habitude, était un intrus.

Le pied droit, blessé, ne touche pas le sol. A la place, je prend appui sur le pied gauche, avec le gros fusil pour m'enfoncer a travers la boue. Heureusement que je suis petit. Normalement, les petits, ce sont les gros cons, les mecs qui se font tabassés, réduire en bouillie. Pas cette guerre. Les balles ont moins de chance de nous toucher, on se fout en boule plus rapidement, et le long fusil allemand me convient parfaitement pour remplacer temporairement ma jambe. A l'exception près qu'il faut que je surveille chaque pas, au risque de m'écraser, de m'étaler a travers les restes d'humains.

Il fait froid. Sauf que ma capote est autour de ma jambe, laissant apparaître ma veste mouillée par ma transpiration et l'humidité derrière. Je tremble alors que je m'approche de mes lignes, des barbelés éventrés, et du silence qui règne.

Qu'est-ce qui s'est passé ? J'ai l'impression qu'un millénaire s'est produit. J'ai dormis ? Je me suis réveillé ici ?

Je me poste au-dessus de la tranchée, qui est vide, a l'exception d'un corps dans un coin. Je laisse tomber mon fusil, je m’assois sur le bord, et glisse lentement a l'intérieur. Je marche entre les deux gros murs de boue et de bois, marchant vers l'abri principal du réseau de tranchée. Après de longues minutes, j'arrive jusqu'à l'entrée. Un boche, la gorge ouverte, et en plein dedans. Je passe au-dessus de lui, pour voir un peu l'état de la merde.

4 morts dans l'entrée. 3 sur les côtés. Trop de sang, trop de merde, pas possible de savoir s'ils sont boches ou français. Pourtant c'est bizarre. C'est pas nous qui avons attaqué ?

« Commandant ?! »

Une voix étranglée sort de l'un des cadavres. Je me tourne. Un mec est assis, le casque adrian sur son torse, la face livide, la moustache mouillée, un sourire en coin.

« Vous avez survécu, hein ? Ah ah... »

Je m'approche de lui, lentement, mes yeux plongés dans les siens. Lui, il a toujours ce sourire glauque et effrayant.

Qu'est-ce qu'il a dû voir ?

Il lève ses deux doigts, pour imiter un pistolet. Il les pointe vers moi, et avec sa bouche, imite une détonation, avant de sortir un vieux rictus.

« Ah ah ah ! On aurait dû vous égorger ! Comme un petit porcinet ! Vous êtes déjà allé dans une boucherie, commandant ? Parce que vous nous avez amené dans une belle, là, ah ah ! »

Je me penche un peu devant lui.

« Ça a été horrible. Je sais pas ce qu'il s'est passé... On a chargé, comme vous aviez dit... Eh eh... Puis d'un coup, zêtes tombé comme un gros con... Je sais pas ce qui vous a fauché. En tout cas, ils auraient dû mieux tirer... »

Je m'agenouille devant lui, et j'observe le casque qu'il presse sur son torse.

« Tous décimés ! J'ai jamais vu ça ! Ils ont même pas eu besoin d'utiliser de l'artillerie ! Juste... Nous aligner à la mitrailleuse. Moi j'suis courageux mais pas téméraire. J'me suis cassé. De toute façon dès qu'on vous a vu tombé on a su que c'était fini. Le char il s'est fait explosé en trois coup. On est retourné dans nos tranchées. Le capitaine Durant est mort. Le capitaine Béarth est mort. Le capitaine Whilheim a gueulé un peu, mais il s'est vite ravisé. Le seul truc, c'est que les allemands ont chargé a leur tour, je sais pas pourquoi... Regardez moi ça. »

Le soldat détourna son regard pour observer les cadavres dans la pièce.

« Il y en a qui ont chargé comme des malades... Le capitaine s'est fait décapité. Moi je me suis couché, j'ai tiré avec mon revolver... J'ai dû en aligner, pouah... Au moins 3. Puis il y a un qui m'a sauté dessus avec un couteau, vous savez, les trucs de vicieux, en forme de scie... Je suis tombé, puis j'ai sorti Rosalie. »

Il pointa du doigt un des cadavres allemand, qui avait un morceau métallique cassé en deux dans le tronc.

« Enfin, je me suis écrasé là, et j'ai passé la journée ici. Je sais pas ce qu'il s'est passé. Apparemment, le reste des soldats se sont repliés. Je sais pas si l'offensive a réussi autre part. Ici ça passera pas...
Putain de merde, j'ai passé toute une journée ici. Et le boche, il a pas crevé tout de suite... Il a chialé pendant des heures et des heures... ''Mutter, mutter, mutter''... Putain de merde, commandant, vous avez pas remarqué ? A chaque putain de fois que les gars crèvent, ils parlent de leur maman. Qu'est-ce qu'ils ont tous a crier maman ?
Moi ma conne de mère elle s'en tire bien la salope. Je vais sûrement avoir une médaille. La pute va avoir une belle prime sur mon dos. Remarque, elle s'en tire bien. »


Ses mains tremblèrent un peu, tandis qu'il sorti de sa poche interne, tremblotant, une grenade. Sa main qui s'était baladée a l'intérieur avait fait tombé son casque, révélant ainsi des morceaux entiers d'intestins qui dégoulinaient, pour tomber dans l'acier du casque.

« Si je serais vous, j'me casserais dare-dare d'là. P'têt que vous serez à Braine dans l'après-midi. Moi j'vous dis bonne chance, hein. En espérant que Pestagaupe nous fasse pas tous fusilier. »

Je me lève, lentement, repartant hors de l'abri, naviguant a travers la tranchée, en route pour la ville de Braine. Derrière moi, une gigantesque explosion souleva la terre. Et, dans l'air, on pouvait entendre une plainte mortelle...

« Mamaaaaan... »

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Thomas Dole
MessageSujet: Re: Le plus beau des siècles   Ven 24 Oct 2014 - 10:17

J'ai déjà tué.

On pourrait faire naviguer un bateau sur le sang que j'ai fait coulé directement ou indirectement.

C'est trop facile, en tant qu'officier, de pointer sur un homme et d'ordonner qu'il soit ''détruit'' ou ''neutralisé''. C'est trop facile de regarder le cadavre d'un autre soldat et de dire qu'il s'est ''sacrifié''.

Ou alors, c'est moi qui me dit que c'est trop facile... J'ai du mal a savoir. Je parle pas beaucoup. Je pense pas beaucoup. C'est mieux ainsi. Je me suis convaincu que c'était mieux ainsi...

Pendant 11 ans j'ai été dans Paris, à la recherche d'une utilité, d'un but, d'un travail. De servir à quelque chose.

Trop vite, trop vite, j'ai vu que cette quête était sans espoir. La FNF n'avait ni les moyens, ni la possibilité de se déclarer comme lumière purgeant les démons sortis des catacombes. Pas assez d'hommes. Pas assez d'armes. Pas assez de pureté...

Je me rappelle que quand j'avais 8 ans, j'avais lu dans un livre, un ouvrage sauvé de l'apocalypse nucléaire, a propos d'un gigantesque en pierre arc sur Paris. Un arc de 50 mètres de haut, construit de 1806 à 1836, duquel découle 12 énormes avenues, en forme d'étoile, rayonnant sur la capitale. Le but de cet arc était aussi simple que horrible, dans un certain sens : Son but était de commémorer les victoires de la grande France. D'inscrire dans la mémoire de toutes les générations qui succéderont qu'un jour, de braves soldats, portant un drapeau tricolore, on anéanti un ennemi à un lieu une année, pillant et fêtant les morts qu'ils avaient causé. Austerlitz, Arcole, Friedland, Moskowa, Eylau... Des noms étrangers, mystiques, de vieilles nations disparues, où la France, les français, avaient triomphé.

L'Arc existe toujours. Mais il a été perverti. Personne ne s'occupe de ce qui est gravé dessus. La France est morte le jour où elle est partie sur son île. Et là où elle devait servir un symbole d'union, de patriotisme, de liberté et d'honneur, elle fut habitée par des psychotiques. Des psychotiques qui payent des impôts, et qui ainsi ne furent pas purgés comme on ordonnait normalement...

Sur la route, il n'y avait que ça, des corps. Un cimetière a ciel ouvert, sur la route boueuse et ravagée par le feu infernal des canons de 75. Pardonnez-moi. « Notre glorieux soixante-quinze ». Les seules personnes qui marchent encore sont des morts-vivants, des spectres qui n'attendent que de crever.

J'entends derrière moi des pas lourds qui remuent la boue, et des roues, et des outils, et tout un tas de merde qui bougent rapidement. Je me tourne, lentement. Deux gros brahmines sont attachés à un chariot à bâche. Un soldat portant un long fouet, qu'il gardait en l'air. Je restait fixe, le mauser allemand toujours en main, boueux, alors que le véhicule s'approchait de moi. Quand il fut assez près, j’aperçus deux gigantesques ronds blancs avec une croix rouge. Sûrement un infirmier... Il s'arrêta un peu a mon niveau, et mis la main sur son casque, comme pour me saluer.

« B'jour. Z'avez b'soin d'aide ? »

Je m'approche un peu, le mauser me servant toujours d'appui. Le mec, derrière sa moustache épaisse, grommelle quelques mots.

« J'suis censé aller à Sergy. Les pousse-cailloux là ils sont partis au casse-pipe. Pov' bande de buffles... Ils hurlent même pu. Vous montez ? »


Je haussa les épaules avant de finalement m'approcher. Je jette le mauser a côté de lui, et monte, difficilement, pour m'asseoir à côté de lui. Il frappe la terre et les brahmines sont repartis. Le véhicule tremble, mais c'est toujours mieux que de se traîner à pied...

« Z'allez où ?
-Braine. Je suis sous les ordres du colonel Pestagaupe. »


L'infirmier fronça les sourcils. Il devait être étonné que je me réfère directement à un colonel...

« Le régiment du 14e ?
-C'est ça.
-Vous étiez au nord, donc ?
-Dans le secteur de Lafleur. Au nord.
-Vous avez pas percé ?
-Non.
-Vous êtes un juteux ?
-Un commandant. »


L'infirmier fut presque choqué d'entendre ça. Il se concentra sur la route. Derrière, j'entendais quelques petits gémissements, des râles, des plaintes... Au bout d'un moment, l'infirmier sorti, de sous son siège, une bouteille de vin.

« Vous voulez du pinard ?
-Ouais. »


Je pris la bouteille, posa mes lèvres sur le goulot, et prit quatre bonnes gorgées du vin. J'avais pas bu depuis longtemps...

« Donc... Zêtes passé devant le moulin à café ? Pourquoi on est monté au jus ?
-Robert Nivelle pensait percer. Mais les allemands sont en hauteur. L'artillerie n'a aucune zone d'action.
-Mouais. Foutus tala...
-Les talos sont pas mieux. Mais vous savez ce qu'on dit : L'immobilité est le plus beau mouvement militaire.
-Ah, vous savez, moi, j'men carre un peu. J'suis derrière les artilleurs, devant les chevaux, et loin derrière les généraux...
-Le meilleur emplacement. »


Je regarde un peu derrière, un petit trou a travers la bâche. Ça pue. Ça schlingue. Je vois du sang et des corps, et quelques mouvements musculaires.

« Qui sont ces soldats ?
-Tes victimes. »


Un courant me traversa l'échine tandis que mes yeux fixèrent la figure lugubre de l'infirmier. Il avait soudain changé de ton. Sa voix sympathique et rouillée de soldat sarcastique des tranchées s'était changée par une voix qui semblait sortir de la terre. Je tremblais, et observa lentement mes mains. Elles étaient couvertes de sang. Pas simplement tâchées... Couvertes. Du liquide rouge et brunâtre tombait sur mes bottes, quasiment comme une fontaine.

« Je suis en enfer ?
-Oui, Thomas. »


Je me retournais vers l'infirmier. Ce n'était pas lui qui avait parlé. Ce n'était pas sa voix de tout à l'heure. Il n'avait pas bougé les lèvres. C'était une voix métallique, lointaine, qui résonnait. Une voix puissante, sortant de nulle part, perçant mes tympans avec une violence inouïe. Mes mains continuaient d'être remplies de sang, alors que l'infirmier arbora un sourire carnassier. D'une lèvre à l'autre, rien que cet horrible sourire, toutes ses dents affichées. Il tourna son visage, et m'observa, droit dans les yeux, avec cette face de folie gravée. Je reculais un peu, terrifié par l'homme. Lui s'avançait un peu, sans un bruit, les brahmines continuant d'avancer.

Je reculais, encore et encore, jusqu'à arriver au bout du chariot. L'infirmier, sans un mot, enfonça sa main dans sa capote. Sans attendre qu'il réagisse, je sauta hors du véhicule.

Je roulais à terre, sentant la boue se répandre sur mon corps. J'étais en train de toucher quelque chose. Quelque chose de visqueux et de dégoûtant. Je me levais, apeuré, le souffle court, seulement pour voir que ma tête s'était écrasée dans le ventre ouvert d'un brahmine.

A ma droite, le chariot était en train de repartir. Et à l'intérieur, tous les soldats blessés, presque morts, m'observaient, ce même sourire terrifiant sur leur visage.

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